Normalement, lorsque l’on parle de Ridley Scott, on tombe le chapeau et on s’incline. Le monsieur est quand même responsable de plusieurs chefs-d’œuvre du cinéma, du genre à pouvoir s’asseoir à la table d’autres géants de sa génération comme Steven Spielberg et Martin Scorsese. Une icône qui a réalisé des films comme Alien, Blade Runner, Gladiator, Kingdom of Heaven, et on en passe. Une icône qui a encore un très joli fanclub prêt à le défendre corps et âme en jurant que oui, House of Gucci sera un jour apprécié à sa juste valeur.
De notre côté, on aurait plutôt tendance à penser que “l’icône” s’est effritée avec les années et qu’il ne faut compter que sur Le Dernier Duel pour redonner un peu de peps à sa filmographie de la dernière décennie. On peut même dire que cela empire quand il en fait trop, comme pour Napoléon ou Gladiator II. Alors, où placer The Dog Stars dans ce tableau de moins en moins reluisant ?

The Dog Stars est une adaptation du roman de Peter Heller, connu chez nous sous le nom La Constellation du Chien, publié en 2012. Une histoire post-apocalyptique où l’humanité a été décimée par un virus et où les survivants doivent lutter contre des pillards de toute sorte. Au milieu de tout ça, on retrouve Hig (Jacob Elordi), un mécano-pilote de Cessna, son chien Jasper et son “colocataire”, Bangley (Josh Brolin), un survivaliste armé jusqu’aux dents. Vivant encore avec le souvenir de sa femme, Hig s’occupe en fouillant la ville la plus proche et en ramenant des vivres à une communauté de Mennonites vivant pas loin d’eux. Un jour, un drame pousse Hig à s’envoler vers le “Turning Point”, un endroit caché qu’il capte avec sa radio. En chemin, il va croiser la route de Cima (Margareth Qualley) et son père Pops (Guy Pearce).
The Dog Stars tient plus de l’éléphant que du chien
Toute la force du récit de The Dog Stars passe dans cette quête de renouveau, de la force nécessaire pour surmonter une perte, comment cela peut nous paralyser, nous empêcher d’avancer. Il parle également de solitude, de la nécessité du lien humain, même si, derrière, il y a une sorte de poésie à admirer la beauté d’un retour à la nature. Tout ça concourt à une morale toute simple : comment rester “humain” dans un monde où l’humanité a de moins en moins de sens ?

Voilà, ça c’est pour les grandes thématiques que le projet met en avant et qui n’auront pas besoin d’explications supplémentaires, puisqu’elles vous sauteront dessus dès l’entame du film. Littéralement. C’est sans aucun doute le défaut principal de The Dog Stars : son absence totale de subtilité ou de profondeur. Non seulement le roman de Heller ne navigue pas trop vers des sentiers inconnus, mais le scénario de Christopher Wilkinson va surexpliquer, quand la caméra de Scott va repasser plusieurs fois dessus, juste pour être sûr.

En moins de deux heures, le découpage du film va appuyer chaque sentiment de façon pachydermique. La solitude et le deuil du héros vont être bien mis en avant en repassant la même scène plusieurs fois, à deux ou trois détails près, on insiste sur les échanges de regards, sur les gros plans profonds… Le long-métrage ne veut pas nous amener un sentiment, il veut nous le jeter en plein visage, ne laissant aucune liberté d’interprétation. The Dog Stars a la même nuance que l’accent italien de Jared Leto dans House of Gucci.

Mais là où ça en devient encore plus problématique, c’est lorsque Ridley Scott prend des libertés par rapport au texte. Le virus de la grippe aviaire devient des allusions insistantes au coronavirus (et au vaccin qui va avec), ses pillards se divisent en deux groupes : un mixte de néonazis et de Fury Road d’un côté et des Indiens de l’autre. Peut-être parce qu’il faut bien faire comprendre que les États-Unis sont revenus à “l’état sauvage” et que “l’autre est un ennemi”. Clin d’œil, clin d’œil. Et puis, il y a Turning Point où l’on sait ce qui va suivre à la minute où l’on voit le visage des locaux. Quant à l’attirance non-dite entre Hig et Cima, disons que le film garde le non-dit, pas le non-vu, que l’envie saute aux yeux seconde une et qu’il est plus facile de surmonter un deuil quand la seule personne encore vivante en face s’appelle Jacob Elordi ou Margaret Qualley.
Je (ne) suis (pas) une Légende
Bref, cette écriture et cette direction pataude sabotent quasiment tout le long-métrage. Ce qui ne veut pas dire que le bout qui reste est de qualité puisqu’après le grossier, The Dog Stars souffre… de clichés. Le fameux carton plein comme on dit. On devine chaque séquence parce que le long-métrage oublie un peu trop qu’avant lui il a existé des œuvres comme Je suis une Légende, 28 jours plus tard, La Route et tout un tas de poids lourds du genre et que le film semble uniquement composé de morceaux de ses aînés. On sait qu’il peut être délicat de réinventer le post-apocalyptique, mais on aurait au moins aimé voir The Dog Stars essayer un minimum. Là, on a juste la sensation que le film se repose sur son casting, quelques plans, une scène forte (la seule où l’émotion prend) et son récit éculé pour nous donner des étoiles dans les yeux.

Simplement parce que le long-métrage ne prend pas le temps. Pas le temps de nous expliquer davantage son univers, comment nos héros parviennent encore à avoir presque le confort moderne (avec électricité, téléphone qui ne se décharge jamais, etc.). Pas le temps de faire interagir les personnages (deux des protagonistes principaux se croiseront sans échanger un mot). On a le sentiment que rien ne marche parce qu’il y a trop peu d’éléments capables de rendre crédible ce monde, là où ce que le film montre, finalement, n’a que peu de force, hormis ses magnifiques décors naturels. Un rendez-vous raté tant The Dog Stars manque de chien.